Penciolelli Anne

La peinture n’a pas changé le monde – ça se saurait ! – et cependant beaucoup de gens continuent à la pratiquer quotidiennement : se demander pourquoi , c’est déjà entrouvrir la porte. En ce sens, la pratique d’Anne Penciolelli , nourrie de quelques belles années d’expérimentation, parvient à rendre crédible cette activité. Parce que la grâce d’une énergie toute féminine transcende cette vieille histoire (sujet-matière-dessin-couleur-point-ligne-plan…); parce qu’elle a l’imprudence – c’en est une – de s’aventurer sur des terrains iconographiques déjà largement balisés (ici le portrait) ; parce qu’enfin sa peinture réfère immanquablement à quelques phares du XXe siècle (Francis Bacon, bien sûr, Gaston Chaissac, peut être, et quelques autres que l’on picorerait chez les néo-expressionnistes allemands).
Le recours à la largesse du geste, à la superposition, au frottage,au grattage, toutes techniques qu’on imagine épuisées d’avoir trop servi d’inutiles propos, prend ici valeur sémantique, et l’exercice de style, pour accompli qu’il soit , n’est jamais pure vanité de peintre. Assez violent, suffisamment passionné, très peu didactique, il est véhicule d’un discours silencieux qui nous renvoie à notre propre catalogue d’images. Ces quelques figures synthétisent ainsi nos angoisses perpétuelles, nos frayeurs matinales devant un miroir de salle de bains, notre fascination devant les portraits des vieilles duègnes de la cour d’Espagne peints par Goya, notre capacité à absorber d’emblée l’autre par son visage plutôt que par son corps.

Jean-Michel Roudier pour Talon Haut magazine

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