Isabelle Hervé

Ce serait comme un autre univers, où la peinture rendrait ses personnages heureux, où elle leur proposerait des carrés, des rectangles, pour s’étendre en toute quiétude… Ce serait une ribambelle de gens dans ces carrés et ces rectangles : des baigneuses, des couples, des marins en costume de marin et encore des filles, aussi en costume de marin, qui attendraient paisiblement que le marin du tableau d’à côté vienne leur parler. Et il y aurait aussi ds hommes d’affaires : ils attendraient, eux aussi, dans un bar, assis devant une tasse de café. Et quand la jeune femme en robe rouge à fleurs arriverait, ils pourraient lui dire , tu vois, j’ai bu un café en t’attendant.
Ce genre d’histoire…
Et tous ces gens, pour une fois dans ces histoires, prendraient toute la place.
Toute leur place. Un monde fait de personnages principaux, un petit cinéma peint par Isabelle Hervé, maniériste dans la transformation des corps , vibrant dans la touche, naïf parce qu’humain, humaniste parce que … tous ces gens, toutes ces histoires, nous les connaissons. Ce sont nous.
Ces mains énormes, hors d’échelle, sont les nôtres quand trop d’attente et de désir réduisent nos sens au seul toucher. Comme ces chairs débordantes, signaux de secours des plages d’août : nous encore…
Très heureux, ces personnages en expansion dans leurs carrés et leurs rectangles ? La belle manière d’Isabelle Hervé cache sans doute un envers terrible de mélancolie : si, d’après les théoriciens, le maniérisme est un art affranchi des règles classiques, tourné vers l’irréalisme, aimant la fantaisie et le paradoxe, c’est aussi . Heureux ?

Jean-Michel Roudier pour Talon Haut magazine

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