Abraham Hadad

Rondes les épaules , ronds les ventres, ronds les hommes et les femmes, les enfants comme les vieux, ronds aussi les rares objets et les quelques animaux : Abraham Hadad peint un monde qui se love, un peuple aspirant au repos. les femmes font corps avec les canapés, les nus, avec les coussins.
Le sol épouse les murs. Rien ne bouge mais tout fait corps.
 » Pas besoin de sujet, le sujet c’est l’action de peindre elle-même, me disaient mes professeurs, lorsque j’étudiais la peinture. Mais en arrivant en Europe, à Londres, à Paris, j’ai découvert les icônes, la peinture hollandaise, flamande, l’art catalan… Et l’art oriental médiéval, qui venait de Bagdad, comme moi. Le centre de tout cela, c’était l’humain. Je suis revenu au personnages. Cela m’a pris cinq ans, petit à petit. Il s’est imposé. Mais grâce à l’expérience ancienne de l’abstraction je n’oublie jamais que l’essentiel demeure comment je peins plus que ce que je peins… » De cette abstraction étudiée à l’école demeura longtemps le besoin de  » nous montrer autrement que nous sommes faits « ; avec trois bras ou six doigts, et pas mal d’embonpoint, par exemple… Suggérer ainsi l’importance du toucher, la nécessité de la douceur…  » Un de mes professeurs m’avait dit : n’ayez pas peur de faire ample. Ainsi le personnage que vous souhaitez représenter est forcément à l’intérieur de la forme que vous dessinez.  »
Hadad peint donc des êtres enveloppés. Apparemment inoffensifs. Nul coup nulle fracture. Presque pas de poils et pas de cils du tout.  » Avec le temps, mes humains ont pris une forme dont je ne suis que le témoin.  » Ils suggèrent l’intime, le souterrain. D’autant que leur monde se passe d’ombres et qu’ils vivent aussi nu que des vers.  » Un vêtement, c’est tellement facile. On dessine une forme, on assemble des couleurs. La peinture ne doit pas être décorative.  »

Françoise Monin pour Talon Haut Magazine.

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